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Une question de virilité

Une question de virilité - Melvin Ruffin

Mon ami m’a dit que son épouse lui a crié après pour la troisième fois cette année. Elle disait qu’elle aurait bien voulu épouser un homme, et un vrai. La compagnie de Julius traverse une mauvaise passe et comme les autres cadres, il n’a pas reçu sa paye depuis le mois dernier. Leurs patrons leur avaient demandé de bien vouloir leur accorder un peu de retard à cause de problèmes qu’ils avaient avec leur banque, mais apparemment, cela ne va pas s’arranger bientôt. Et c’est pour cela que sa femme est furieuse contre lui. D’après elle, Julius n’aurait même pas dû accepter cette demande. Mais je connais bien Julius, ses patrons pourraient tout lui demander, il accepterait sans jamais essayer de s’opposer. Julius est plutôt le genre de gars très simple, qui accepte tout facilement, qui ne parle pas beaucoup et qui ne prend pas vraiment sa place, face aux autres. Pas même devant sa femme Charlotte. Jamais de sa vie, il ne s’est battu avec quelqu’un, ne serait-ce que pour soutenir ses opinions. Il n’aime pas se démarquer, il ne fait jamais rien pour ça, quitte à recevoir un avertissement à cause des erreurs des autres. Il a été nommé superviseur, parce qu’il suivait les règles à la lettre, mais je ne suis pas certain que ses patrons aient bien choisi leur pion. Je ne le vois pas du tout crier après un ouvrier qui s’absente de son poste, ou qui n’a pas correctement fait son travail. Je pense que c’est d’ailleurs étonnant que Julius ait pu conserver son poste aussi longtemps. Il a toujours dit qu’il rêvait de faire autre chose, parce qu’il en avait assez de voir des chaussures de toutes les tailles, et de tous les genres, chaque fois qu’il tourne la tête. En fait, le genre de travail qu’il lui faut, c’est le travail qui consiste uniquement à contrôler les travaux effectués, sans tenir compte de qui les a réaliser ou non. Tiens, il pourrait être un bon superviseur, s’il travaillait dans une agence de publicité internet. Il n’aurait à faire que vérifier que les publicités correspondent bien aux consignes demandées par les clients avant le lancement, et à voir si les consommateurs les suivent. Nous les hommes, nous sommes censés être virils et un peu dominateurs, cela dit sans vouloir être péjoratif, et Julius est tout à fait le contraire. Nous avons bien essayé à plusieurs reprises de le rendre plus autoritaire, mais qu’importe ce qu’on a tenté pour, rien n’a fonctionné.

 

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